Avocate… la suite

Suite au commentaire reçu, j’ai envie d’apporter des précisions sur ce métier qui tient tant de place dans ma vie.

En effet, je me rends compte que ce que j’ai écrit peut laisser penser que je crois ne défendre que les “gentils”!

ce qui est faux bien entendu…

Au fond, pourquoi avoir choisi ce métier? ou plutôt, m’être laissée choisir par lui?

Je n’y étais pas prédestinée, ni par ma famille, ni par mes envies d’enfant ou d’adolescente – je voulais devenir danseuse, doctoresse, pilote d’avion… à l’école, j’aimais les langues, l’histoire, découvrir les cultures, les civilisations… en rhéto, on m’a même conseillé de faire … le tourisme…

Et puis, la fin des humanités arrive et je ne sais pas ce que je vais faire … on m’incite  m’inscrire en droit car “ça mène à tout” – à l’époque, les études étaient encore fort proches de la fac de philo et lettres…

Et là, j’ai eu le coup de coeur : la justice – ou plutôt, lutter contre l’injustice – la logique – l’être humain et ses relations avec les autres, ce qui implique qu’il existe des règles, sans quoi c’est la loi de la jungle, la loi du plus fort

Ce que j’apprenais touchait à des choses qui nous prennent tous au coeur  dès notre plus jeune âge : qui n’a pas dit, une fois, dix fois, mille fois… “t’as pas le droit”… ou “j’ai quand même le droit de…” ou comme Calimero “c’est trop injuste” ou encore comme on dit à Charleroi “c’est toudi le ptit qu’on spotche”

Je dis souvent que mon métier comporte un axe vertical : la tension vers l’idéal de justice, la protection des plus faibles, le respect des droits fondamentaux, l’égalité, un axe horizontal, les relations avec les autres les clients, les confrères, les magistrats, les autres professions… un axe intellectuel qui permet de disserter, de rechercher la logique, de trouver ou de donner un sens, ou au contraire de démontrer le non-sens, un axe affectif, émotif, dans la relation avec autrui qui demande beaucoup d’empathie, de lutter contre ses sentiments ou émotions pour garder la tête assez froide, ce qui demande de les reconnaître, ces émotions…

Ce qui est au coeur du métier que j’exerce, c’est de défendre la possibilité, pour chacun, d’exister, de voir ses droits fondamentaux respectés, et à travers ces défenses individuelles, les droits fondamentaux de tous

C’est l’idée de base, qui me guide

Alors, oui, dans les personnes que je défends, il y a de tout… des gentils des méchants des vraies victimes des crapules des emmerdeurs enquiquineurs des “perdus” des battants… des tricheurs, des qui m’instrumentalisent…

Je défends des personnes qui ont des opinions que je ne partage pas du tout (parfois bien au contraire même) mais tout le monde s’en moque, parce que lorsque je plaide, mes idées et sentiments personnels n’ont pas leur place

La distance entre moi et le client est importante, la bonne distance : trop grande, elle m’empêche de bien le comprendre et donc de respecter ce qu’il est et ce qu’il veut – trop courte, mon indépendance, ma capacité à conseiller, à analyser, à synthétiser, à relativiser, à confronter ce que mon client dit et veut à la réalité qui s’impose à nous sont affaiblies – je risque également de remplacer ce qu’il veut par ce que je pense qui est bon pour lui…

Je défends aussi des gens qui me sont antipathiques, mais cela ne pose pas problème, c’est même normal que cela se passe…

Je défends les gens sans chercher à savoir s’ils me disent ou non la vérité : la seule chose qui m’importe est de savoir si ce qu’ils me disent “tient la route” par rapport aux autres éléments à rencontrer : les faits incontestables, les preuves, les autres parties au procès, la loi et la manière dont elle est généralement appliquée, les principes fondamentaux etc…  Je porte parfois ou souvent (?) – consciemment ou non – les mensonges de mes clients – mais mon rôle n’est pas de garantir la véracité de leurs dires – par contre, il m’est interdit à moi de mentir – j’ai bien ri, il y a déjà longtemps, en lisant sur la première page de mon journal, une petite phrase qui n’a pas été comprise immédiatement par mon mari (il m’a regardée d’un drôle d’air, comme si je déraillais complètement!) – je n’étais pas encore avocate à l’époque, je n’avais même pas encore repris mes études – la phrase était

“on dit d’un avocat qu’il est cuit quand il n’est plus cru”

l’honnêteté et donc la crédibilité  d’un avocat dans son métier est essentielle, mais il s’agit de son honnêteté à lui (ou elle) et non de celle de ses clients.

Ce qui me permets d’exercer ce métier sans me sentir trop mal par rapport à certains dossiers est le fait que je ne suis pas la seule à intervenir : je défends une personne en particulier, face à un adversaire qui tient une position différente, face à un autre avocat, en présence également d’autres intervenant qui peuvent donner des indications : experts, procureur, et finalement, le juge réfléchit et tranche à partir de tout ce qu’il a vu, entendu et lu.

Comme dit dans ma réponse au commentaire, le rôle de l’avocat d’un “méchant” (violeur d’enfant ou patron harceleur ou mari violent ou… ou… ou…je peux continuer longtemps dans le catalogue des “méchants”) n’est certainement pas de tenter de faire croire que ce qui a été fait n’est pas grave, mais d’utiliser tout ce qui peut l’être pour faire apparaître que les faits ne sont peut-être pas suffisamment prouvés, que le gentil n’est peut-être pas aussi gentil que cela, que l’accusé a vécu des choses qui expliquent partiellement son comportement….  Bref, qu’il s’agit d’une personne qui a un passé, un vécu, des possibilités de s’amender… de tenter de réparer…

Ceci dit, c’est vrai que c’est dur….  Mais il est essentiel que même des Claus Barbie ou des Dutroux soient défendus… et de nouveau, les défendre ne signifie en aucun cas défendre ou justifier les faits dont ils sont accusés

De plus en plus souvent, j’ai des doutes…

J’ai prêté serment notamment de ne défendre que des causes que je crois justes…  Mais comment apprécier la justesse d’une cause alors que je peux être instrumentalisée, et surtout, ne pas m’en rendre compte…?

Je les défends, ces personnes qui me confient une cause que je crois juste…. mais l’avocat n’est-il pas un outil indispensable pour faire croire qu’il existe une justice impartiale, un alibi comme d’autres institutions dont nous pensons qu’elles protègent une réelle démocratie (les partis politiques – la presse) ?

On ne peut en aucun cas refuser de voir que les plus faibles ne sont pas traités de la même manière que les puissants!

Il est vrai enfin que beaucoup d’institutions ne reçoivent pas les moyens nécessaires aux missions qui leurs sont confiées : la sécurité sociale, l’enseignement, la culture, l’aménagement du territoire, les politiques énergétiques, la politique pénitentiaire, les moyens nécessaires aux personnes handicapées, l’accueil de l’enfance, la protection des mineurs (en ce compris ceux qui dérapent) …

Heureusement, ces doutes cèdent devant l’enthousiasme, l’aide que je peux effectivement apporter à certains,le plaisir d’argumenter, de chercher, les rencontres humaines parfois tellement riches…

Je peux donc continuer…

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2 commentaires pour Avocate… la suite

  1. Bravo pour ton courage et ton enthousiasme : je n’aurais jamais pu défendre quelqu’un « qui a mal agi ».
    A bientôt sur le forum TRICOTIN et merci pour ton commentaire à propos de mon blog ; j’aime partager mon savoir et c’est une « déformation professionnelle » que j’ai conservée : j’étais professeur !

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