Une page va se tourner….

Depuis un certain temps, je vis mal ma vie professionnelle.

Etre avocate me passionne toujours autant,

MAIS,  MAIS,   MAIS

Je m’épuise.

Les difficultés rencontrées en tant qu’avocate pro deo alourdissent pas mal les difficultés.

Pendant une nuit d’insomnie, après avoir un peu (beaucoup) pleuré sur mon sort, je me suis demandé pourquoi je m’infligeais ce traitement :

  • plus je travaille, plus je perds d’argent
  • si j’ai le droit de décider du nombre d’heures pendant lesquelles je vais travailler, de prendre des congés quand cela me chante, en réalité, en congé ou non, malade ou en bonne santé, le travail s’accumule et je suis responsable de tout ce qui peut se passer
  • je ne parviens plus à profiter des moments hors du bureau : j’ai toujours un sentiment de culpabilité qui me paralyse : passer du temps à bavarder avec mes enfants, passer du temps à simplement être avec mes petits enfants, bricoler, faire toutes sortes de partages avec mon boubou…. faire les petites choses de la vie quotidienne…

Alors qu’il y a tant de bonnes choses à vivre avec eux,  tant de choses à apprendre, à découvrir …

Au matin, c’était décidé : je vais arrêter.  Je me donne jusqu’au mois de juin pour mettre tout en ordre et transmettre mes dossiers en toute tranquillité.

Ensuite, j’étais sur un petit nuage…. j’allais enfin avoir du temps pour VIVRE

C’était il y a 3 semaines.  Depuis, c’est plus compliqué : je n’ai pas la moindre envie de revenir sur ma décision, au contraire : j’ai hâte d’en avoir terminé…

J’ai toujours autant de plaisir à  exercer mon vrai métier : rencontrer les gens avec leurs problèmes, mettre en oeuvre mes qualités humaines pour les comprendre, veiller à ce que leur humanité soit respectée, réfléchir à la manière de les aider, effectuer le travail intellectuel nécessaire pour tenter de convaincre les autorités (Juges, services publics etc…) du bien fondé de leur demande et les défendre.

Mais je vis de plus en plus mal ses aspects moins glorieux : l’impossibilité de faire en sorte que les cas d’urgence soient traités en temps utile, la toute puissance de l’administration, l’existence de « décideurs  » (responsables administratifs – juges…) qui n’ont même pas la fierté de donner une apparence de raisonnement sérieux aux décisions qu’ils prennent alors qu’ils jouent avec la vie de leurs semblables.

A cela il faut ajouter l’aspect « logistique » : je dois être prête à recevoir tous les courriers, fax, courriels et messages téléphoniques dès leur arrivée, car notamment, des délais très courts me sont parfois laissés pour réagir, en ajoutant qu’il est ensuite nécessaire de joindre les personnes concernées, de discuter avec elle, d’obtenir des documents et autres preuves…. D’autre part, j’ai affaire à des gens qui vivent dans la peur, et qui attendent beaucoup (trop) de moi.  Le stress est permanent.

La colère, le sentiment d’impuissance et le désespoir face aux personnes que je défends achèvent de me détruire.

Je n’ai pas su apprendre à garder la distance suffisante qui est

  • ni trop près : il faut pouvoir rester objectif, raisonner en se disant que si le travail a été fait correctement, je ne suis pas responsable du reste, pouvoir dire à certaines  personnes que rien ne peut leur donner raison dans leur demande et le leur expliquer clairement, et à d’autres, que leur demande est légitime, mais que … le juge, l’administration… en ont décidé autrement
  • ni trop loin : il faut pouvoir comprendre les personnes, leur donner l’espace nécessaire pour qu’ils puissent s’exprimer complètement, leur expliquer le pourquoi et le comment de certaines décisions ou de certaines impossibilités

Mais … je suis comme cela.

J’aurai été avocate pendant un certain nombre d’années (presque 28 ans), je pense avoir fait du bon travail…

Et j’ai bien l’intention de faire fructifier toute cette expérience et ces connaissances que j’ai accumulées, mais dans un tout autre contexte : je peux être une « personne ressource » qui aura le temps d’approfondir divers thèmes et ainsi aider des associations dans les domaines qui sont de ma compétence.  J’ai le temps de mettre cela en place d’ici la fin du mois de juin.

J’ai aussi plein de projets :

certains plutôt définis

  • depuis que nous sommes mariés, mon boubou et moi n’avons pas consacré beaucoup de temps à « nous deux »
  • il y a de nombreuses choses que j’ai envie d’apprendre : je pourrai prendre le temps de le faire

d’autres beaucoup moins :

  • les femmes étrangères qui arrivent en Belgique et viennent de groupes humains peu représentés ou de cultures trop différentes sont parfois extrêmement isolées : j’aimerais trouver comment les rencontrer et nous enrichir mutuellement
  • d’autres activités bénévoles, mais c’est encore très très flou

Voilà – ce n’est pas la fin du monde, c’est un début et je suis contente.

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2 commentaires pour Une page va se tourner….

  1. Mamyli2 dit :

    Coucou Chardon Doux ..et bien que t’arrive t-il ma grande ? ? je te sens complètement perdue ! tu as certes un métier très dur , que je ne pourrais pas faire , je suis trop sensible pour cela et je comprends que tout ce à quoi tu es confrontée ait pu user ton moral .Oui, c’est un beau métier ..mais tellement épuisant et à long terme tu te rends compte que tu as laissé beaucoup trop de choses de côté durant toutes ces années .Pourtant que tu aies aimé ton travail , il t’a épuisée et sans doute trop empiété sur ta vie de famille . Surtout ne culpabilise pas ! , tu as assez donné, et certainement rien reçu en retour du système juridique dans lequel tu as baigné . Alors occupes toi un peu de ta famille , et de ceux de ton entourage qui le méritent , tu mérites toi aussi de partager de bons moment de la vie avec eux …sans trop de soucis..Il est temps de penser un peu à toi . Courage , je suis sûre que tu vas savoir rebondir , pour t’offrir une meilleure vie,celle à laquelle tu as droit avec ton entourage .Je te fais de grosses bises .Mamyli2

    • ODETTE dit :

      merci mamily

      je ne suis pas amère – je suis batailleuse, mais aussi très sensible c’est pourquoi je n’ai pu garder suffisamment de distance pour me mettre assez à l’abri du stress – je ne ressens pas une défaite, mais un changement de cap.

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